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Handicap · 6 min

RQTH : pourquoi la demander, et ce qu'elle change réellement

Marina Grandi
Marina GRANDI
Entretien individuel

« Je ne suis pas handicapé. » C'est souvent la première réaction lorsque la question de la RQTH est évoquée. Elle vient de personnes qui vivent avec une maladie chronique, un trouble musculo-squelettique installé, un trouble psychique stabilisé ou un trouble des apprentissages et qui, au quotidien, compensent seules des difficultés que personne ne voit. Derrière cette réaction, il y a rarement un refus de principe. Il y a surtout la crainte d'une étiquette, et une méconnaissance de ce que recouvre réellement cette reconnaissance.

La RQTH n'est pas un jugement porté sur la personne. C'est un outil administratif, qui ouvre l'accès à des droits et à des dispositifs. L'utiliser ou non, et à quel moment, reste une décision qui appartient entièrement à la personne concernée.

Ce qu'est la RQTH, et ce qu'elle n'est pas

La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé est une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), sur demande déposée auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Le Code du travail considère comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique.

Le critère est donc l'effet de la situation de santé sur l'emploi, et non la gravité apparente du handicap. La RQTH ne correspond ni à un taux d'incapacité, ni à une carte d'invalidité, ni à un avis d'inaptitude. Elle est attribuée pour une durée d'un à dix ans, et, depuis le 1er janvier 2020, peut l'être sans limitation de durée lorsque l'altération des fonctions est définitive. Lorsqu'une demande de renouvellement est déposée avant l'échéance, les droits sont prolongés jusqu'à la nouvelle décision.

Une décision qui vous appartient

C'est le point le plus souvent ignoré, et pourtant le plus déterminant : aucune obligation n'impose d'informer son employeur, actuel ou futur, de l'obtention d'une RQTH. Le salarié choisit s'il la mentionne, à qui et à quel moment. Lorsqu'il le fait, l'employeur n'a pas à connaître la nature du handicap ni le diagnostic, qui relèvent du secret médical.

Pour que l’employeur puisse mettre en œuvre les aménagements de poste ou les dispositifs internes liés au handicap, il doit naturellement être informé de la situation. Certains droits attachés à la RQTH, en revanche, ne sont pas conditionnés à une information préalable de l’employeur.

Pour un salarié : ce que la RQTH ouvre concrètement

  • Des aménagements adaptés à la situation de travail : l'employeur doit prendre les mesures appropriées pour permettre au salarié d'exercer son emploi et d'y progresser, sous réserve d'une charge disproportionnée. Ces mesures peuvent être matérielles, mais aussi organisationnelles.
  • Des horaires individualisés à la demande : le Code du travail prévoit que les travailleurs handicapés bénéficient, à leur demande, d'un aménagement d'horaires individualisés.
  • Des financements mobilisables : la RQTH peut permettre de mobiliser des aides de l'Agefiph dans le secteur privé et du FIPHFP dans la fonction publique, notamment pour compenser les conséquences du handicap dans l’emploi.
  • Un interlocuteur identifié : les entreprises d'au moins 250 salariés doivent désigner un référent handicap, chargé d'orienter, d'informer et d'accompagner les personnes concernées.
  • Une garantie en cas de licenciement : lorsqu’un préavis est dû, sa durée légale est doublée, dans la limite de 3 mois, sauf si la convention collective ou les usages prévoient déjà un préavis d’au moins 3 mois.

L'intérêt de la démarche tient aussi à son calendrier. Demander la RQTH lorsque la situation de santé commence à peser sur le travail permet de mobiliser ces leviers en amont, plutôt que dans l'urgence d'un arrêt prolongé ou d'une restriction d'aptitude.

Pour un demandeur d'emploi : ce que la RQTH ouvre concrètement

  • Un accompagnement spécialisé : en complément de France Travail, les demandeurs d'emploi reconnus travailleurs handicapés peuvent être accompagnés par Cap emploi, organisme spécialisé dans l'accès à l'emploi des personnes en situation de handicap.
  • Des aides à la formation et à la compensation, mobilisables pour construire ou sécuriser un projet professionnel compatible avec la situation de santé.
  • L'apprentissage sans limite d'âge, là où il est normalement réservé aux moins de 30 ans.
  • Une voie d'accès spécifique à la fonction publique : un recrutement sur contrat, sur des emplois de catégorie A, B ou C, pouvant conduire à une titularisation sans concours à l'issue de la période prévue, et sans limite d'âge, sous réserve que l’aptitude professionnelle soit jugée suffisante.
  • Des aménagements dès le recrutement : l'obligation de prendre des mesures appropriées concerne aussi l'accès à l'emploi, par exemple l'adaptation des conditions d'un entretien ou d'une épreuve.

Les employeurs d'au moins 20 salariés sont par ailleurs soumis à une obligation d'emploi de travailleurs handicapés à hauteur de 6 % de leur effectif. La RQTH permet par ailleurs au salarié d’être comptabilisé parmi les bénéficiaires de l’OETH de l’entreprise.

Les idées reçues qui freinent la démarche

  • « Mon employeur sera prévenu. » Non. La MDPH n'informe pas l'employeur, et la décision de le faire appartient au salarié.
  • « Mon handicap n'est pas assez lourd. » Le critère n'est pas la sévérité visible, mais la réduction effective des possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi. De nombreuses situations de handicap invisible sont concernées.
  • « C'est une étiquette pour la vie. » La RQTH est le plus souvent attribuée pour une durée déterminée, et rien n'oblige à l'utiliser.
  • « Cela va me fermer des portes. » La discrimination fondée sur le handicap est interdite par le Code du travail. La crainte n'est pas pour autant infondée : le Défenseur des droits relève que l'emploi constitue le premier domaine dans lequel s'exercent les discriminations liées au handicap. Mais ce risque tient à la manière dont la situation est révélée, pas à l'existence de la reconnaissance elle-même, d'où l'intérêt de réfléchir au moment et à la manière d'en parler.

Comment faire la demande

La demande se dépose auprès de la MDPH du département de résidence, au moyen d'un formulaire accompagné d'un certificat médical. Le médecin traitant peut établir ce certificat, et le médecin du travail est souvent un appui précieux pour décrire les répercussions de la situation de santé sur l'activité professionnelle. Les délais de traitement varient selon les départements : il est utile d'anticiper, et, pour un renouvellement, de déposer la demande avant la date d'échéance afin de conserver ses droits sans interruption.

Une reconnaissance, pas une solution à elle seule

La RQTH ouvre des droits ; elle ne dit pas comment les mobiliser. Faut-il en parler à son employeur, et comment ? Le poste actuel peut-il être adapté, ou faut-il envisager une évolution ? Quel projet professionnel reste compatible avec la situation de santé, sans renoncer à ses compétences ni à ses ambitions ? Ces questions relèvent d'une réflexion sur le parcours, que la décision administrative ne suffit pas à résoudre.

Aller plus loin

Chez ADC Conseil RH, nos consultants et psychologues du travail accompagnent régulièrement des personnes dont la situation de santé ou de handicap interroge la suite du parcours professionnel. Le bilan spécialisé permet de faire le point sur ses atouts, ses contraintes et les possibilités réelles du marché, pour construire un projet réaliste et durable. Nos locaux sont accessibles, et notre référent handicap peut être mobilisé pour adapter l'accompagnement.

Sources : Code du travail, articles L. 5213-1 et L. 5213-2 (définition et reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), L. 5213-6 (mesures appropriées), L. 5213-6-1 (référent handicap), L. 5213-9 (préavis), L. 3121-49 (horaires individualisés), L. 5212-2 (obligation d'emploi), L. 1132-1 (principe de non-discrimination) ; Décret n° 2018-850 du 5 octobre 2018 (prorogation des droits) ; Décret n° 2018-1222 du 24 décembre 2018 portant diverses mesures de simplification dans le champ du handicap ; Code général de la fonction publique, article L. 352-4 (recrutement contractuel donnant vocation à titularisation) ; Service-public.fr, Recrutement d'une personne handicapée dans la fonction publique, fiche F430 ; Défenseur des droits (2025), Rapport annuel d’activité; Mon Parcours Handicap (CNSA), fiche RQTH ; Cour de cassation, chambre sociale, 7 novembre 2006, n°05-41.380 ( absence d’obligation de révélation préalable de la qualité de travailleur handicapé et bénéfice du préavis).